• Marianne Abramovici

Inventaire de mon silence et autres sons

Décrire ce que nous voyons nous a pris plus de la moitié des leçons de Mlles Cognet et Janet. Décrire ce que nous entendons, ce que nous écoutons nous occupera trois chapitres que je vais traiter en un seul post : celui-ci.


Si, comme pour les autres posts de ma série d'été 21 consacrée à apprendre à écrire de façon expressive, je vais évoquer les techniques proposées par ce manuel des années 30, je vais également pour ces chapitres, et, tout particulièrement le chapitre 16 consacré à la musique laissé ma place à des auteurs choisies par nos deux institutrices et vous laissez goûter à votre tour à la magie de vous projeter par la seule magie des mots, dans des ambiances sonores diverses.



Trois chapitres de l'ouvrage de Mlles Cognet et Janet sont consacrés à l'ouïe :

Le chapitre 14 : Bruits et sons

Le chapitre 15 : Cris et voix

Le chapitre 16 : La musique


Les deux premiers chapitres offrent une organisation assez parallèle à ceux consacrés à la vue avec une attention à organiser les registres de vocabulaire en fonction de ce que l'on peut décrire pour rendre compte d'un son.


On nous proposera donc de détailler la description du son, bruit ou de la voix en se penchant successivement sur

1. son intensité

2. la hauteur du son

3. Le timbre



C'est la manière de décrire le timbre qui est la plus développée avec une analyse de quatre registres différents :

- "mots rappelant la substance ou l'instrument qui produit le son" : son cristallin, argentin, métallique, cuivré, flûté"

- "mots empruntés au vocabulaire d'autres sens" : sons clairs, sons perçants, moelleux, sonorité chaudes, bruit sec...

- "mots exprimant le mouvement dans le son : vibrer, strident, tinter, crépiter

- "mots désignant des bruits confus" : brouhaha, vacarme, tohu-bohu, tapage, charivari, tintamarre, rumeur, fracas, murmure


A noter, si le mouvement dans le son est précisé, la notion de rythme n'est pas considérée comme une dimension importante dans la description, alors que on le trouvera dans l'appréciation d'un discours parlé.


Parmi les extraits, je remarque "inventaire de mon silence". Outre le fait que je trouve ce titre magnifique, c'est une véritable ode à l'observation sensorielle que tout sophrologue devrait avoir dans son cabinet.


"Inventaire de mon silence :

"J'y trouve d'abord toutes sortes de sortes de choses intérieures, secrètes, essentielles ; le bruit de mon coeur, de mes artères, de mes jointures. La profonde musique animale. Ce concert que, souvent, je ne perçois pas, mais qui, la nuit, suffit à combler l'espace noir de l'univers.... Ils accourent, ils s'offrent, ils s'imposent, tous les bruits de la maison. Les voix d'abord, toutes les voix familières : celle de l'aïeule, celles des enfants, et des femmes, celles des serviteurs. Elles se mêlent, au gré des heures, et leur gerbe est si bien connue qu'une seule voix étrangère, introduite dans l'ensemble, suffit à faire bouger les deux oreilles vigilantes : celle du maître de maison et celle du chien de garde. Les voix, les rires, les appels : musique humaine. (...) Ajoutez à cela les rumeurs du travail et des machines familières : la scie qui grince dans la buche, le moteur électrique enterré dans le tréfond et qui ronronne à tout instant, le long chuintement dans les conduites vibrantes. (...) A tous nos bruits, répondent, mesure par mesure, les bruits du hameau" (Georges DUHAMEL, 1932, Querelles de famille, Mercure de France).


Dans le chapitre 15 : Cris et voix Nos auteurs vont montrer que la manière de décrire le fait de s'exprimer par la voix permet déjà d'indiquer l'expression de sentiments :


Par exemple


  • l'éloquence : clamer, déclamer, discourir, ton ampoulé, emphase.... L'appel : appeler, héler, interpeller apostropher, invoquer

  • La colère et la discussion : hurler, rugir, tonner, tonitruer, tempêter, vociférer, répliquer, riposter, rétorquer

  • La mauvaise humeur : grommeler, grogner, gronder

  • Une intention de mystère : chuchoter, murmurer, marmotter, sussurer

  • Etonnement, admiration, joie : s'exclamer, acclamer,se récrier

  • Douleur : soupirer, gémir, geindre

  • Propos frivoles : babiller, bavarder, jacasser, jaser

  • Vulgarité : brailler, piailler, criailler


On retrouve en toute fin du chapitre : "mots se rapportant à la conversation ou au récit : cause, converser, deviser, s'entretenir, causerie, colloque, propos, entretien, conter, raconter, narrer

Sur le chapitre 16 consacré à la musique, je n'ai peu de choses à reprendre car le vocabulaire proposé est consacré aux différents instruments, groupes d'instruments, genre musicaux (on retrouve la même volonté d'expliquer plusieurs genres distincts comme l'opéra comique et l'opéra mais aussi la sonate, la fugue ou le concerto), les différents registres de chant et les principaux morceaux, les principaux lieux de manifestation musicale.



Ce que je trouve remarquable, cependant, dans ce chapitre, c'est l'assortiment de textes illustrant ce chapitre. Nos auteures y révèlent une grande connaissance et un goût pour des textes rares et spécifiques sur la musique. Elle nous offre la lecture de plusieurs musiciens ou musicologues : Henri Bidou, Jean Chantavoine, Blanche Selva ou Emile Vuillermoz. Certains extraits sont d'ailleurs postérieurs à la date de l'édition originale ce qui souligne que, sur ce chapitre, elles ont continuée à étoffer leur ouvrage pour être au plus près de la connaissance disponible.





Les textes sont vraiment très beaux et montrent tous un point de vue amoureux du sujet décrit. Je vous en mets quelques un en illustration.




23 vues0 commentaire