• Marianne Abramovici

Scientifiction Retour sur l'exposition du musée des Arts et Métiers consacrée à Blake et Mortimer

Dernière mise à jour : 25 sept. 2019

12 Septembre 2019


C'était une visite imposée. Une visite, dans le cadre universitaire. Donc, pas un choix.

Il y a ceux qui gardent une mauvaise expérience des musées. Trop long, trop de choses à voir, trop difficile, trop codé.

Il y a ceux qui ne sont pas familiers avec l'univers de la bande dessinée et, particulièrement, de la bande dessinée belge, "ligne claire" dans lequel je leur proposais de plonger.

Mais il y a aussi ceux qui sont au contraire demandeurs d'Art, avec un grand A, de lumière et de culture. Et puis il y a ceux, plus nombreux que je ne l'aurais pas cru, qui ont ADORE découvrir l'histoire des technologies qui font notre quotidien, mieux appréhender leur long développement et tous les avatars avant leur forme actuelle.


Bref, finalement, l'exposition "Scientifiction" qui interroge les liens entre l'imaginaire de Edgar Jacobs et les découvertes scientifiques et leurs artefacts technologiques, a beaucoup intéressé mes 20 étudiants de 1ère année de Master Marketing et Management des Services de l'Université Paris-Est, Marne-la-Vallée (IAE Gustave Effeil).


Comment vous, musée des Arts et métiers, êtes vous parvenu à ce beau résultat ?

D'abord, je dois vous le dire, en faisant le choix de faire une exposition raisonnable, certes riche, mais à taille humaine. J'avais laissé un timing libre et la plupart des étudiants ont mis à peu près une heure, en prenant leur temps. C'est agréable de pouvoir avoir le sentiment de faire le tour d'une question en un temps raisonnablement court, le temps d'un épisode d'une bonne série quoi.


Par le choix des pièces exposés. Mes étudiants ont surtout mis en avant les objets exposés : premiers téléphones, instruments de mesure, robot spatial, .... Moi, fan de BD, j'ai adoré voir les planches de Edgar Jacobs. Surtout, que, je dois l'avouer, je trouve les Blake et Mortimer ennuyeuses à lire, trop de textes, un univers qui n'est pas forcément le mien. En plus, dans le même genre, il y avait d'autres BD à mon époque plus accessibles, Valerian et Laurelin ou Yoco Tsuno par exemple.



Mais là, face à ces planches entières et sans texte, j'ai pu découvrir le génie visuel de Edgar Jacob. Vous expliquez d'ailleurs bien comment il a, grâce au calque qui lui permettait de retourner ces dessins, trouver les images iconiques reprises sur ces couvertures. J'ai adoré pouvoir observer ces brouillons crayonnés, voir les marges, les ratures, les essais. Voir la création se faisant est, pour l'apprentie créatrice que je suis, une leçon merveilleuse.


Retour à votre exposition, la scénographie a beaucoup contribué à ce succès. J'y étais allé en espérant retrouver le génie scénographique de Schuitten dont j'avais pu vivre deux expositions. Je ne crois pas que vous ayez fait appel à lui mais bravo malgré tout à ceux qui ont conçu le parcours et l'environnement de l'exposition. Ils n'ont pas choisi "la ligne claire", pas de parcours imposé. Cela a déconcerté quelques uns de mes étudiants mais, pour beaucoup, ce fut au contraire une belle idée, leur permettant de découvrir par eux même, de tracer leur propre chemin et d'une certaine façon de se retrouve comme un des héros de Jacobs face à des indices et devant trouver la solution de l'énigme.



Il faut cependant que je vous dise que cette liberté, offerte à des étudiants peu familiers des musées, à conduit certains à faire deux tours, le temps de trouver le texte de la première salle qui en explique le projet. Une fois muni de ce "sens", il leur a été plus facile de goûter l'exposition.


Le choix de plonger les visiteurs dans une ambiance très sombre a surpris mais finalement plu. Il permet de magnifier les jeux de lumières dont les étudiants se sont beaucoup inspirés pour les selfies que je leur avais demandé. Que ce soit en éclairant de derrière les planches, reproduisant le système technique sur lequel travaillait les créateurs de bandes dessinés ou en créant une ambiance d'époque au travers de l'environnement cinématographique (vous avez vraiment très bien utilisé ce couloir), vous avez fort bien su mobilisé la lumière pour plonger le visiteur dans une autre dimension.




Dans cette atmosphère que certains de mes étudiants ont pu qualifier de "sinistre", de grands personnages de Blake et Mortimer étaient comme des repères, un peu comme des indices à suivre. Après tout, l'entrée n'était-elle pas signalée par la reproduction de la scène indiquant "Ainsi donc, c'est ici que s'amorçe le passage secret ? C'est ce que nous allons voir".

Et on retrouve cette mise en parallèle entre des vignettes des grandes aventures de Blake et Mortimer et le parcours du visiteur tout au long de la visite avec une très belle utilisation de la perspective pour faire rentrer le lecteur dans l'univers du créateur.

Vous voulez avoir un aperçu de l'expérience ? Grâce à Lala Anissa Ait Ben Lmadani, c'est possible ici : https://we.tl/t-sD6oFXAIAx


A parte hyper personnel. Mes parents m'avaient emmené voir une exposition sur un anniversaire de la création de Babar (dans les années 80, au Marais). L'exposition, destinée aux enfants, commençait par un toboggan !



Je n'ai pas perçu l'ambiance sonore aussi bien que mes étudiants. C'est eux qui m'ont expliqué qu'elle accompagnait la découverte de certains artefacts et invitait le visiteur à s'arrêter pour en comprendre le fonctionnement. J'ai trouvé que les textes qui accompagnaient les vitrines étaient ni trop long, ni trop court mais... mais je connais déjà vos collections permanentes, contrairement à mes étudiants. Par ailleurs, heureusement, tous mes étudiants parlaient français mais je ne pourrais pas recommander cette exposition à des non francophones.



Un grand merci de la part de l'enseignante en design de services que je suis pour avoir donné à voir, dans la dernière salle, les coulisses de la création. Comment Edgar Jacobs faisait -il des repérages photographiques des rues parisiennes et prétait-il attention à la forme du mobilier urbain qui rend Paris si reconnaissable. Comment notait-il les temps de trajet entre deux lieux pour que le déroulé de l'histoire apparaisse crédible à ceux qui seraient familiers de ces lieux. Cette attention aux petites choses, forme de l'entrée des stations de métro (qui ne sont pas toutes sur le modèle de Guimard), bouche d'égout est essentielle pour les futurs designers de service. Une bonne impression, un sentiment d'être bien accueilli dans un lieu authentique et chaleureux sera lié à de petites attentions : une porte qui s'ouvre sans effort, une table qui ne bouge pas, des couverts du juste poids, une tasse en porcelaine pour le café.


Allez, je vais finir par une recommandation d'une de mes étudiantes. Et si vous offriez au personnel chargé d'accueillir les visiteurs le costume 3 pièces de Blake ou le tweed de Mortimer (sans oublié sa pipe). Histoire de leur permettre eux aussi de se mettre au diapason de cette belle exposition et, peut être, de sortir de leur seule fonction de sécurité pour nous offrir un accueil digne de cette très belle exposition ?



Crédits photo : Guilhem Peelman et Kaoutar Louani

Sur la base des retours des étudiants de Management et Marketing des services, promotion 2019, Université Paris-Est, Marne-la-Vallée

IAE Gustave Eiffel

Visite le 12 Septembre 19

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