• Marianne Abramovici

Quelques éléments sur l'histoire de l'éducation en France

Dernière mise à jour : juil. 30




Née en 1971, je suis un pur produit de la réforme Haby.

J'ai suis donc allée dans une école élémentaire mixte (principe testé dès les années 30 et généralisé en 1976) et ai continué mes études en collège unique.

Je n'avais absolument pas conscience d'être pionnière même si j'ai appris à écrire à la plume, contrairement à beaucoup de mes contemporains (ah, ce que j'ai attendu l'arrivée du stylo plume en 8ème...(notre CM1)).


Bien sûr, quand j'ai du m'orienter en lycée, je n'avais pas la possibilité de suivre "Math élem" comme mon père mais, si ce n'est la distinction plus forte entre voies littéraires et voies scientifiques, et, déjà, la prédominance de la voie scientifique, je n'avais pas le sentiment de faire partie des premières générations de la fusion entre deux systèmes d'éducation qui ont longtemps dominé : le lycée, longtemps réservé à une élite (dont mon père fit partie) et l'enseignement primaire, qui pouvait être continué via le primaire supérieur.


Ma grand-mère, née en 1905 dans le Lot (un tout petit village peu éloigné de Gramat) nous rappelait qu'elle avait "passé" son certificat d'études, elle, contrairement à son mari, né en 1902, à Figeac (Lot).




L'école "gratuite, obligatoire et laïque" de J. Ferry (lois de 1881 et 1882) avait déjà été mise en place. Il y a donc de fortes chances que mes deux grands parents maternels soient allé en école primaire. Après, quoi qu'issus tous les deux du monde paysan, ils n'occupaient pas tout à fait la même place dans la société, ma grand-mère étant fille de propriétaires, mon grand-père fils de métayer.


Pourquoi ma grand-mère a-t-elle pu continuer jusqu'à passer son certificat d'études, dans un département et à une époque où la scolarisation des filles restait moins développée ?


Née en second, elle n'était pas destinée à récupérer la ferme familiale et peut être que ses parents ont-ils souhaité lui permettre d'exercer un métier : institutrice ou secrétaire. Ma grand-mère a d'ailleurs poursuive des études au-delà du certificat d'études, en apprenant à réaliser des vêtements mais aussi la dactylographie, à distance, via la méthode Pisier. Arrivée à Paris avec mon grand-père, elle a un peu travaillé et comme ouvrière dans une usine pharmaceutique, et comme dactylo mais elle a du renoncer à exercer une activité salariée à la naissance de sa première fille, en 1930.

Mais si elle fait partie des 30 % de filles présentées au certificat d'études en France, à son époque (elle a 13 ans en 1918; Langouet, 2011), c'est qu'elle bénéficie certes de la prise de conscience que, face à l'hécatombe des jeunes garçons, l'éducation des filles sera nécessaire, mais c'est surtout qu'elle a le niveau pour être présentée, ce qui, dans un département rural comme le Lot, était tout à fait exceptionnel pour une fille de paysan élevé en dehors d'une ville.


Je ne sais pas pourquoi mon grand-père n'a pas été présenté au certificat d'études. Sans doute qu'il n'avait pas été autorisé à être aussi assidu que ma grand-mère, seul fils et soutien familial essentiel d'une famille pauvre parmi les pauvres. "A la campagne, l'école vit au rythme de l'agriculture, la scolarisation, plus tardive et plus longue, va de pair avec un absentéisme durable" (Luc, Condette et Verneuil, 2020)


Ces deux grands-parents, devenus parisiens par nécessité, ont encouragé leur deux filles à aller au lycée et même à l'Université. Ma tante avait son diplôme d'institutrice et a travaillé toute sa vie à EDF, dans un emploi de bureau.

Ma mère est entré à l'Université mais n'a pas eu la possibilité économique de continuer ses études, après une première année échouée. Elle maîtrisait pourtant déjà suffisamment l'espagnol pour devenir un temps guide touristique, ce qui lui permis de financer seule ses études pour devenir institutrice assistante.

Elle a monté tout les échelons en concours interne, jusqu'à finir agrégée (par promotion) au Lycée Victor Hugo à Paris. Elle a rencontré mon père lors de son passage à l'Ecole Normale d'Auteuil, qui lui permis de passer d'institutrice à certifiée.


Mon père était issu d'une famille bourgeoise commerçante. Certes, son père était arrivé sans rien en France à 17 ans mais il était déjà probablement instruit et provenait sans doute d'une famille commerçante, en Roumanie. Ses frères avaient d'ailleurs déjà réussi à montée une "affaire" aux Etats-Unis. Il a épousé la soeur de la femme de son associé, issu de la bourgeoisie juive de Lorraine. On ne m'a jamais dit si ma grand-mère maternelle avait suivi des études.

L'éducation de mon père a été contrariée par son origine juive et la seconde guerre mondiale mais il fut caché dans un pensionnat catholique en Creuse. Il était donc déjà dans un collège et réussit à reprendre le lycée, juste après guerre. Sa formation fut contrariée pendant ses études supérieurs, où il dut renoncer à une thèse commencée et se "contenter" de son agrégation en Français, lui qui avait pourtant poursuivi des études pour faire une thèse en littérature anglaise. Mon père pensait que son adhésion militante au communisme avait pu lui nuire mais la première cause de l'abandon de ses études fut l'obligation de pourvoir au revenu de sa famille puisqu'à 26 ans, il avait déjà la charge de deux jeunes enfants.


Si je retrace cela, c'est pour donner de la chair au phénomène de l'ascension sociale qui fut le but et la conséquence de la politique scolaire française, notamment à partir de 1865. Du côté de ma mère, on est passé en trois générations de paysans à professeur d'Université en passant par la case employé et professeur du secondaire.

Du côté de mon père, on est passé en trois générations de commerçants à professeur d'Université en passant par la formation à la gestion (HEC pour mes oncles) et professeur d'école normale (le poste que mon père occupa la plus grande partie de sa vie).



C'est aussi une manière de vous situer le contexte institutionnel qui prévalait lors de l'écriture de nos deux manuels de cet été :

  • Apprendre à écrire (partie 1 les sensations) de Mesdames Cognet et Janet, succès éditorial dont la première édition remonte à 1939 (chez Belin)


  • La lecture expressive et le français de Aimé Souché, à qui on doit un très grand nombre de manuels scolaire d'apprentissage du Français et de l'éducation civique et dont cet ouvrage, à destination des élèves du cours moyen est publié pour la première fois en 1928 aux éditions de Nathan. Cet ouvrage semble connaître une très grande diffusion car l'édition de 1935 dont je dispose est déjà la 26ème édition.

Les sources utilisées

Luc J-N., 2020, l'histoire de l'enseignement en France, Armand Colin

Choppin A., 1980, Histoire des manuels scolaires : une approche globale

Langouët, G. 2011, L'élitisme républicain : du certificat d'études primaires d'hier aux baccalauréats d'aujourd'hui, Carefour de l'éducation

Mareil A., 1969, Les programmes de français dans l'enseignement du second degré depuis un siècle (1872-1967) , Revue Française de pédagogie

https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27%C3%A9ducation_en_France


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