• Marianne Abramovici

Ma vie telle que je l'imagine

Quelle drôle de programme ! Cela a pourtant bien été mon programme de cet été.

Mais, avant de vous dévoiler un peu plus ce qu'il y a derrière cette promesse, parlons de l'été d'un enseignant chercheur.

Un enseignant chercheur a deux choix quand il doit décider de la façon dont il occupera la relative disponibilité que l'été lui apportera :

- soit il décide de travailler sur sa recherche et profite d'un agenda moins chargé pour avancer sur les analyses des données recueillies ou sur la lecture de travaux scientifiques

- soit il décide de se ressourcer en tant qu'enseignant et il consacrera ses "heures libres" à lire des manuels, ouvrages, essais, articles sur des sujets / auteurs qu'il enseigne ou encore sur des approches pédagogiques nouvelles.


Crédit photo : création de Cécile Moline, "Rêve d'une terre bleue", exposition Asnières sur toile 19.



Cela fait plusieurs étés que j'ai choisi plutôt la seconde voie même si, dans la mesure où je documente mes "expériences" pédagogiques, elles peuvent également devenir la matière sur laquelle je travaille, en tant que chercheuse.


Cette année, j'étais vraiment "vide" à la fin de mon année, non pas que je n'avais plus de projets mais l'année, la vie m'avait laissée exsangue. J'étais donc dans un état d'esprit assez ouvert mais sans un programme précis. Des lectures, des discussions, un webinar (j'en suis plusieurs par an, c'est toujours une occasion d'apprendre) m'ont convaincu de faire un pas de côté et d'entreprendre une formation a priori plus personnelle. C'est la rencontre avec Sylvie Gendreau, une enseignante chercheuse écrivaine qui se présentera bien mieux que je peux le faire (ici https://www.cahiersdelimaginaire.com/sylvie-gendreau-presentation) qui m'a entraînée dans cette voie.


Ma vie telle que je l'imagine, c'est le nom du programme que j'ai commencé.

Passer un peu de temps pour faire le point sur ma propre trajectoire personnelle et professionnelle, cela faisait du sens pour moi qui, à mi-chemin (de vie / de carrière) a déjà coché beaucoup des cases de sa to do list de 25 ans et a envie de nouveaux projets / défis / perspectives pour s'enthousiasmer, apprendre....vivre pleinement.


Mais, malgré le titre, je ne vous parlerais pas de moi mais de la méthode et de ce qu'elle m'apporte, en tant qu'enseignante. Je suis loin d'avoir achevé cette formation, proposée sous forme de MOOC. Je ne l'ai qu'à peine entamée. Mais, sans en avoir expérimenté tout le chemin, elle a déjà conduit à un constat et une interrogation.


Le constat ? Mon rapport à l'écrit, à la fois facile et terriblement plaisant. Facile ? Oui et non.


L'écriture qui m'est facile est celle que j'utilise sur ce blog, dans mes posts ou mes articles sur Linkedin. C'est une écriture légère, sans prétention. C'est aussi, je m'en rends de plus en plus compte, une écriture "impressionniste". J'aime mobiliser des anecdotes, introduire des dialogues, décrire des sensations. Mon écriture n'est pas nécessairement centrée autour d'un personnage ou d'un grand récit. C'est une écriture sur des instants de vie très inspirée des courts récits de Pérec.

L'écriture qui a vocation à "rester", l'écriture d'un article est beaucoup plus contrainte. Mais, d'un autre côté, peut-être est-ce parce que je me suis beaucoup contrainte moi-même à vouloir respecter des codes, une manière de dire / discuter / argumenter / prouver....qui ne me convient pas.


L'interrogation ? Comment je mobilise cette capacité et ce plaisir dans mon futur professionnel ?

Je suis convaincue, de plus en plus convaincue, que l'écriture est beaucoup plus puissante, comme dispositif de création, que l'usage que l'on en fait actuellement.

Si on écrit forcément durant un projet de conception, on ne mobilise pas forcément l'écrit comme dispositif de conception. Or, je pense que l'on pourrait gagner beaucoup de temps à faire davantage écrire dans un projet de conception de services.


Les développements récents du design de service me poussent à explorer cette voie. A quoi sert un persona que l'on a voulu le plus "incarné" possible si ce n'est pas pour lui faire expérimenter le service que l'on conçoit. Comment ?


Les possibilités sont nombreuses :

- par une petite scène décrite, en intégrant réactions du persona et dialogues

- par une BD, qui a l'avantage de donner une forme visuelle à d'éventuels éléments du services mais aussi à mettre en scène les interactions du persona et sa dynamique émotionnelle

- par un récit, à la première personne, qui raconterait cette première expérience de services.


On utilise beaucoup le story telling (art de raconter une histoire) pour mettre en scène une innovation en phase de lancement. Il s'agit ici d'utiliser les propriétés de l'écrit comme outil de prototypage, en amont du lancement, dans la phase de conception proprement dit.

Un petit récit, à la première personne, c'est deux, trois heures de travail mais c'est redoutablement efficace pour faire comprendre un projet à autrui.


Pour autant, le goût de l'écrit étant revenu avec cette formation qui encourage beaucoup à écrire, je me demande....si je ne me lance pas dans un projet plus ambitieux, moins universitaire. Ecrire. Autre chose que du savoir.


Pas de conclusion en cette fin d'été. J'ai reconnue l'envie, sans doute en germe depuis longtemps mais mise "dans ma poche, comme un trésor oublié". Je ne sais pas ce que je vais en faire encore. Mais je sais que j'ai envie d'apprendre car, en imaginant même un instant aller vers ce futur possible, je me suis rendue compte que je n'avais jamais appris à écrire d'un autre point de vue que le mien.


Je ne suis pas encore assez vieille / mégalo pour écrire mes mémoires donc, si je dois envisager une production romanesque, il serait bon que j'apprenne à pouvoir faire vivre des protagonistes qui ne soient pas moi et, si je veux un tant soit peu durer, savoir donner vie à des voies différentes.


Bref, pleins de choses à apprendre ou à découvrir dans mes lectures. L'été a été productif, je suis gonflée à bloc !

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