• Marianne Abramovici

Frédérique m'a covider !



Chère Madame Frédérique Vidal,


Me feriez vous l'honneur d'accepter mon invitation à venir passer 24H00 à mes côtés.

Cette invitation n'exigera pas de vous un déplacement trop important. J'enseigne dans une des Universités du Plan 2000, située à 25 minutes de Paris (en RER). L'Université Gustave Eiffel, nouveau nom de l'Université Paris-Est Marne la Vallée est une toute nouvelle Université fusionnée (elle regroupe désormais l'IFFSTAR, entre autre) et son bâti est un des plus récents de France. Les journalistes qui suivraient votre déplacement auraient donc un environnement donnant une bonne image de l'Université.


Vous pourrez constater que nous avons tracé au sol des parcours "entrée" et "sortie", que nous avons équipé aux entrées des distributeurs de gel hydroalcoolique, que nous avons mis un panneau pour signaler qu'une seule personne devait prendre l'ascenseur en même temps, que nous essayons de laisser les portes ouvertes, pour limiter la nécessité d'en toucher les poignées.


Nos salles ne sont pas très aérées. Dans mon bâtiment, on a oublié de faire des ouvertures permettant leur aération naturelle. Mais, pas de panique, le service du patrimoine nous a promis des travaux pour ....l'été prochain.


En ce

tte belle journée d'été indien, nos salles du second étage avoisinnent les 40 degrés. Idéal pour une petite séance de sauna. Sûr que tous nos étudiants vont avoir un visage aminci, eux qui devront supporter masque et température extrême. Cela forme la jeunesse.


Oh, oui, nous avons affiché le nombre de places COVID sur chaque salle mais, conformément à votre dernière circulaire, nous privilégions le présentiel donc nos salles sont saturées. Après tout, saturer une contrainte budgétaire, c'est un peu mettre en application nos enseignements non ?


Je voudrais vous remercier pour le choix original de nos masques. Vous nous en avez commandé 8 par personnel titulaire. Alors, je dois avouer que si, votre préoccupation était que nos masques ne soient pas "empruntés" par étourderie par nos étudiants, votre choix s'avère formidable. D'abord, il faut identifier dans ces charlottes (je dois vous avouer qu'entre nous, on les appelle "culotte de grands-mères") un masque. Ensuite, ils sont très, très couvrants et nous tiennent chauds. Rien à dire. Ils invitent au silence et à la méditation. Parfait puisque, d'après vous, nous avons enfin, en 2020, découvert les vertus d'autres pédagogiques que la lecture, en Amphithéâtre, d'un cours écrit et immuable depuis le XIII ème siècle.


Chère Madame le ministre, je ne saurai trop vous remercier d'en avoir appelé hier à la responsabilité individuelle après les dix clusters dans les lieux de l'enseignement supérieur. C'est vrai, comment pourrait-on imaginer que l'absence de masques délivrés aux étudiants pour le suivi de leurs cours en présentiel, l'absence de moyens alloués aux universités exangue pour dédoubler les cours, l'absence d'équipements pour, par exemple filmer les cours d'amphi afin de pouvoir les diffuser en ligne puissent intervenir dans cette équation ?


Comment même comprendre que des étudiants que l'on prive d'espaces de regroupement, d'espaces calmes pour étudier (dans les BU), d'espaces dignes de restauration, de sorties pédagogiques et de voyages puissent avoir besoin de décompresser et aller, de leur propre chef, se regrouper en toute inconscience sur des terrasses de bars ou sur la pelouse ?


Chère Madame la ministre, je me doute bien que vous serez trop occupée dans les prochains jours à défendre votre loi de programmation pluriannuelle de financement de la recherche (pour l'enseignement, on repassera). Cette loi que la communauté pédagogique a dénoncé avec force depuis la toute première version de son projet. Cette loi que l'ensemble des institutions de consultations ont, au mieux, cherché à amender, au pire violemment rejeté. Cette loi qui ouvrira la possibilité pour un docteur de n'être titularisé qu'à l'issue de six ans d'un statut intermédiaire. Ce qui amènera l'entrée dans un contrat stable des docteurs à 38 ans si on considère l'entrée actuelle dans la profession.


On me dit que vous avez fait toute votre carrière dans l'Université dont vous avez gravi tous les échelons : maître de conférences, professeure des Universités, présidente de l'Université de Nice-Sofia Antipolis. J'ai cru comprendre que vous avez produits des résultats scientifiques importants notamment en travaillant sur les souris.


J'aimerais bien passer six mois dans votre ex laboratoire, à vivre vos ex conditions de travail. Peut être comprendrais-je mieux pourquoi nos visions d'une loi qui donnerait toutes ces chances à l'Université Française de remplir ses missions diffèrent autant.


Dans l'attente de résoudre ce mystère, je vous prie, Madame la Ministre, de prendre quelques minutes pour examiner mon invitation et je vous souhaites, une belle session parlementaire qui ne devrait pas manquer de parachever la mise à mal de l'Institution que vous avez servi toute votre carrière.

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