• Marianne Abramovici

Du COVID et de l'enseignement : petite leçon d'un précis d'hygiène de 1873.

Ete 2020. Je pense que cet

été covidée de beaucoup de nos occupations estivales habituelles restera une date, un repère dans nos mémoires.


Ete 2020. Je tente la cure thermale dans un nouveau lieu : Balaruc les Bains. Une cure thermale dans le plus grand centre thermal pour la rhumatologie en France, dans le Sud, entre Juillet et Août... Pour moi qui ne goûte ni la chaleur, ni la foule, c'est un pari risqué.


Eté 2020, avec entre 20 et 30 % des curistes habituels, une saison touristique pas totalement râtée, pas totalement normale non plus, des plages qui ne sont pas bondées et une température au final presque clémente grâce à la Tramontane, ce ne fut pas, au final, un pari raté.


Eté 2020, pour un centre thermal dont les inscriptions ont recommencé le 22 Juin 2020 dans une ville dont l'attractivité est d'abord construite sur ce "tourisme", c'est vivre avec un protocole sanitaire assez poussé, dont, au bout de trois semaines, on voit les failles ce que nous a pas mal inspiré, Sylvie Mercier et moi-même, au point de nous donner envie de rédiger un cas...




Mais, un peu par défi, un peu parce que j'avais envie pour une fois de lire intégralement mes livres du siècle avant le siècle dernier, Eté 2020, j'avais pris dans ma pochette waterproof de curiste, le "cours élémentaire d'hygiène à l'usage des élèves des lycées" de Henri Perrussel édité à Paris, Librairie J.-B. Baillère et Fils en 1873.


Un petit rappel pour ceux qui découvriront l'enseignement secondaire du XIXème siècle. Le lycée est une création du début du XIXème siècle qui s'est généralisée durant le XIXème siècle.

En 1873, les lois Ferry qui rendront l'instruction obligatoire n'ont pas été passée, réservant de fait les lycées majoritairement à une élite cultivée et bourgeoise, voire Noble.


" Les lycées de garçons ont été créés en 1802 à partir des plus importantes écoles centrales. Le lycée assure une formation en lettres (français, latin, grec ancien, 3 professeurs) et en sciences (3 professeurs). L'article 5 du décret du 17 mars 1808 en fixe ainsi le programme : « Les langues anciennes, l'histoire, la rhétorique, la logique, et les éléments des sciences mathématiques et physiques ». Le régime usuel est l'internat ; les lycées sont marqués par un encadrement de type militaire et les élèves portent un uniforme .Peu nombreux (il était prévu en théorie un lycée par département), les lycées sont entièrement pris en charge par l'État (...) l'enseignement est fait par des professeurs agrégés dont la fonction apparaît dans l'enseignement , après l'institution des "agrégés" créés par le roi Louis XV, en 1766, afin de compléter alors les professeurs déjà recrutés dans les collèges royaux . L'accès au lycée se fait après passage d'un examen de contrôle des connaissances apprises auparavant et la scolarité est aussi payante, même s'il est prévu d'accorder des bourses aux élèves qui en auraient besoin, vu les revenus de leurs parents. " (https://fr.wikipedia.org/wiki/Lyc%C3%A9e_en_France, consultée le 30 Août 2020)


Comme le rapelera l'avant-propos mais aussi le premier chapitre, la formation à l'hygiène doit être un élément essentiel de la formation des élites car, l'hygiène, soit "la partie de la médecine qui a pour but la conservation de la santé" est un élément essentiel pour préserver une vie de qualité dans les villes.


Cet ouvrage, basé sur le programme officiel de l'académie de médecine, est un parfait exemple de la vision d'un enseignement positif, fondé sur la raison et la science au service de la vie en société.


Et il a beaucoup de (bonnes) choses à nous enseigner, près de 150 ans après sa rédaction sur la manière de lutter contre une pandémie.


En premier lieu, cet ouvrage est PEDAGOGIQUE et cela passe d'abord et en premier lieu par un effort de définition. Ainsi, pour prendre l'exemple qui a forcément attirée mon attention, page 17, "On donne le nom d'Epidémie à une influence morbifique passagère qui favorise l'apparition d'une maladie déterminée.

A quoi tiennent les épidémies ? C'est là une question qui a toujours passionné les savants et qui, malgré toutes les hypothèses restent encore à l'état de desideratum.

(...) Ce qu'il y a de certains, c'est que l'air paraît jouer un grand rôle dans les influences épidémiques. (...) Les épidémies sont communes dans les temps de disette; elles ont pour cause la mauvaise qualité et le manque des aliments qui finissent par déprimer les forces vitales, et rendent ainsi le corps plus apte à contracter telle ou telle maladie."


Dans les pages, les chapitres suivants, on évoquera les principes d'habitations salubres (et le nombre de m2 considérés comme nécessaire pour une chambre "saine à habiter" fera rêver nombre d'étudiants), le chauffage mais aussi les vêtements et les soins du corps.


A chaque nouveau chapitre, les principaux termes sont définis "On donne le nom de bains à l'immersion du corps dans l'eau pendant un certain temps" et on fait l'effort de classifier "Au point de vue de la température, on distingue quatre sortes de bains :

- les bains chauds

- les bains tièdes

- les bains frais

- les bains froids


Chaque catégorie est définie par la température du bains (pour "hydrobain" est un bain chaud car à plus de 35 degrés), mon bain de mobilisation est un bain tiède car entre 25 et 33 degrés....


A mon grand regret, ce petit ouvrage n'évoque que rapidement (et sans y consacrer un chapitre) la médecine thermale.




L'ouvrage s'achève sur les exercices "spéciaux" qui permettent de compléter le chapitre précédent qui a présenté le programme de "gymnastique" nécessaire et indispensable à la préservation de la santé et commence par la natation :


"La natation est un excellent exercice. Elle a pour but de permettre à l'homme de se maintenir à la surface de l'eau".


Je ne vais pas plus loin. Je vous ai mis quelques images sur mon instagram pour que vous puissiez, si cela vous intéresse, prolonger la découverte de cet ouvrage.


En 2020, dans mon peignoir et derrière mon masque, en attendant mon bain de boue, je me dis qu'on n'aurait évité moults débats stériles si l'éducation de l'hygiène comme premier devoir du citoyen éclairé, n'avait pas disparu (les connaissances étant actualisées et transmises en SVT ou l'équivalent mais sans doute sans leur impact sur la vie en société).



Ce serait sympa d'avoir vos retours sur cette dernière hypothèse.

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