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  • Marianne Abramovici

Conseils de lecture de l'été 2023

Dernière mise à jour : 21 août 2023

Sur une suggestion de Linkedin, voici mes conseils de lecture "professionnelle" de l'été 2023. Professionnelle ? Vraiment ? Alors que je vous propose uniquement des romans ? Ne jugez pas trop vite, ces quatre ouvrages constituent pour moi de réelles inspirations....dans l'activité d'écrire.


Ce blog illustre mon goût pour l'écriture comme mode de captation du réel. A des fins "utiles" donc

: analyse, enseignement.... Et pourtant, bien sûr que ce goût et, acceptons le, une certaine facilité m'interroge sur ce que je pourrai faire de ce talent. Publier un jour un ensemble de récits plus personnels ?


Que ce soit pour une écriture "professionnelle" (storytelling, enseignement, copywriter, innovation...) ou une écriture plus romanesque, je crois réellement que ces quatre ouvrages peuvent vous inspirer. Il est clair qu'ils m'ont inspirer et m'inspirent encore (je les ai tous relus au moins une fois).


Si cette série vous plaît, faites le moi savoir. J'en ai d'autres en réserve !


Pourquoi lire ou écouter : Pars vite et reviens tard de F. Vargas ?

Fred Vargas est le nom de plume de Frédérique Audoin-Rouzeau. Archéozoologue de formation, elle a commencé à écrire des romans policiers alors qu’elle était encore en activité comme chercheuse au CNRS après une thèse en Histoire. Un de ses premiers succès, Debout les morts (1995) met en scène avec beaucoup d’humour trois doctorants en histoire. Parmi tous les personnages qu’elle a créé, c’est le commissaire Adamsberg, héros de Pars Vite et reviens tard, qui a contribué à son succès et à sa notoriété.

Pars Vite et reviens tard a une intrigue magistralement pensée, qui conduit le commissaire à faire appel à nombre d’experts improbables (dont deux des trois doctorants de Debout les morts) pour résoudre une énigme comme on les aime, surprenante. Un des dons de Fred Vargas est sa capacité de manier connaissances historiques pointues et grands mythes.

Mais Pars Vite et reviens tard est aussi un bel exemple du pouvoir de la fiction pour concevoir des nouveaux services. En effet, un des principaux protagonistes, celui grâce à qui l’histoire commence, est un « crieur », vieux métier oublié improbablement remis au goût du jour par ce personnage. Ce service est sorti de la mémoire et de l’imagination de Fred Vargas mais elle en a pensé tous les aspects : offre, promesse de service, tarification, processus de production et de coproduction, ressources de production et même typologie client. Ainsi, il est possible de se représenter parfaitement ce service qui n’existe que sur le papier – du moins au moment où l’ouvrage sorti. En effet, suite au succès de l’ouvrage et de sa représentation filmée, plusieurs collectivités ont installé un crieur, souvent à des fins d’animation touristique mais tout de même, voilà un ouvrage qui réhabilita et permis la modernisation d’un métier oublié. Pas mal pour un roman non ?




Les romans de Fred Vargas sont également tout un univers, composés de personnages atypiques mais attachants, généreux, solidaires. C’est bien tout un univers d’humanité, d’entraide, que ce soit au sein du commissariat tenu par Adamsberg que des communautés rencontrés au gré des enquêtes que l’on découvre avec bonheur, à chaque lecture et que l’on quitte avec regret tant ces relations décrites constituent une sorte d’idéal. Dans les romans d’Adamsberg, il arrive même que l’on s’attache au criminel !

Pour ceux qui préfèrent écouter que lire, j’ai trouvé ce lien (10 épisodes).




Pourquoi lire HHH de Laurent Binet ?

L’ouvrage sorti en 2010 est le 3ème livre de Laurent Binet (enseignant de Lettres moderne). C’est un roman historique qui rend compte de l'histoire de l'opération Anthropoid visant à assassiner l'un des personnages les plus importants du Troisième Reich alors qu'il est vice-gouverneur en Bohême-Moravie : Reinhard Heydrich, surnommé « le Boucher de Prague ». Laurent Binet cherche donc à relater un fait historique mais en s’attachant au point de vue des trois parachutistes tchèques qui ont préparé et exécuté cet assassinat.

L’intérêt de l’ouvrage est la façon dont l’auteur se met en scène en train d’écrire. Tout au long de la narration, l'auteur s'interroge sur la puissance des faits historiques et sur la forme à donner à son récit. S’entremêle récit historique, tantôt du point de vue des auteurs de l’attentat, tantôt de celui de Heydrich et digressions sur la construction d’un ouvrage, avec toute les interrogations de l’auteur sur la difficulté d’aller au bout d’une intention romanesque. Pour moi, cet ouvrage qui met en scène autant l’auteur que les protagonistes de l’histoire qu’il raconte est un exemple de façon d’écrire une recherche ou une enquête en faisant la part belle au point de vue de celui qui raconte. Cette façon de procéder permet d’aller au bout de la rigueur scientifique en offrant paradoxalement sa part belle à la subjectivité du récit (cf conférence de M. Llory[i] en 2004 sur la subjectivité dans l’analyse des accidents industriels, témoignage d’un expert judiciaire).

Il est possible d’écouter ce livre majeur https://www.audible.fr/pd/HHhH-Livre-Audio/B01NCTGOPB


Pourquoi lire Manuel à l’usage des femmes de ménage de Lucia Berlin

« Elle est une grande écrivaine injustement méconnue, une reine de la narration » nous dit la 4ème de couverture. Manuel à l’usage des femmes de ménage est un ouvrage posthume qui réunit une grande partie de ses nouvelles. Entre auto-fictions et nouvelles, cet ensemble, sans continuité chronologique, sans narrateur bien identifié finit malgré tout par faire un tout cohérent qui raconte mieux que nombre de romans la vie d’une femme exceptionnelle, dans toute ses facettes. Dans ces récits, elle ne cache rien de ses démons, de sa lutte contre l’alcoolisme, de ses peines et de ses joies. Chaque nouvelle est une merveille de clarté. L’ensemble est bien un manuel qui nous parle des hommes (sous le regard d’une femme), de leur fragilité, de leur humanité aussi.


Pour moi, cet ouvrage est un summum et un espoir. Donc des écrits courts, rédigés à des moments différents d’une vie, sans grand schéma mais avec une intention claire de raconter, de témoigner, de rendre compte peuvent faire œuvre. Ce livre a été une libération, une autorisation à continuer à écrire des textes courts, qu’ils soient dans mes «journal intime » ou dans des nouvelles numérique. Ne pas avoir de titre ou de vision, mais ne pas m’interdire d’en faire un jour quelque chose. Peut-être. Je n’ai pas besoin de savoir que je serai lue pour écrire mais j’ai parfois le sentiment qu’il y a quand même quelque chose à faire de tout ce matériau (j’écris depuis que j’ai six ans). Cet ouvrage est donc comme une promesse et aussi un encouragement. N’abandonne pas. Continue. Qui sait ?

Il semble qu’une version audiolivre n’existe qu’en version originale : https://audiobookstore.com/audiobooks/a-manual-for-cleaning-women.aspx



Pourquoi lire ou écouter la justice de l’ancillaire ?

Etes-vous prêt à vous embarquer dans un ailleurs et autre temps ? Avec ce premier roman de l’auteur Ann Leckie, je vous invite à plonger dans une trilogie de space opera, les chroniques de Radch. Donc, attendez-vous à devoir enchaîner avec les deux suites de ce roman magistral.

Pourquoi je vous invite à lire ce livre de SF en particulier ?Et bien, encore une fois, parce que les choix d’écriture sont bluffant et interpellant. Le protagoniste, oui, celui à travers qui nous voyons l’histoire est une intelligence artificielle programmée pour utiliser la technologie afin de se connecter à ses pairs. Son intelligence, son identité est distribuée. Mais, par un concours de circonstance, nous suivons une intelligence artificielle séparée et coincée dans un corps humain, obligé de s’habituer à survivre dans ce contenant si peu adapté à ses capacités. Il s’en va de sa survie, peut-être de celle de sa civilisation.



L’écriture nous fait adhérer à l’histoire et nous devenons, le temps d’un roman, cette IA à moins que nous la voyons elle, devenir humaine. Elle ? Le genre est-il si signifiant ? Peut être pas et c’est l’autre raison pour laquelle il faut lire cet ouvrage. Parce que son auteure a fait un choix d’écriture (inclusive) pour le moins déroutant. Et pourtant qui apporte tant au débat !



[i] Llory, M. (1996). Accidents industriels : le coût du silence - opérateurs privés de parole et cadres introuvables. Paris : L’Harmattan.

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