• Marianne Abramovici

Bus, place handicapée et auto tamponneuse

16H00. Départ de la ligne de bus. La station jouxte le collège de mon secteur.

Déjà quelques collégiens attendent à mon arrivée. Le bus est déjà là mais le conducteur prend sa pause.

Avant l'heure du départ prévu, un flux regroupant une ou deux classes arrivent.

Le trottoir devient trop étroit, la file s'étire (au moins sur la longueur d'un bus). Il y a trois ou quatre collégiens sur la largeur d'un trottoir trop étroit. Peu cependant ne stagnent sur la route. Cela arrive souvent.




Ils ont leur sac à dos remplis d'une journée de sept heure de cours. Aucun ne les porte à la main. Il y a des petits sixième et des troisièmes. Bref, avec les deux trois adultes présents, il y a trois hauteurs de têtes sur ce trottoir et, forcément, des conflits cartables / têtes.

Le bus arrive, se gare lentement. Le flux s'agite. Pas de bousculade à cette étape, ce n'est pas toujours le cas. L'entrée dans le bus n'est cependant pas fluide. Entre les petits sixième inquiets que leur tout nouveau passe ne "bip" pas et les grands, qui une fois à l'intérieur, bouchent les allées, pas évident de monter et s'assoir à la place handicapée (quand j'arrive un sur les 4 places est libre, je me "range" dans le bus sans que ne soit exigée de moi une quelconque interaction verbale ou non verbale).


Les trois quart des collégiens ont trois ou quatre stations à faire pour rejoindre leur domicile. Moi qui en est sept, je descendrai avec moins de dix pour cent du bus, sachant qu'il restera encore à peu près autant qui auront une station encore à faire.


Le problème des collégiens est donc d'être au plus près de la porte de sortie. Alors qu'il y aurait de la place pour que tous s'assoient ou se tiennent dans la partie centrale, un nombre trop grand stagnent dans ladite partie centrale, sans se tenir ou en se tenant mal, sans appui.

Loi de la gravité oblige, à chaque tournant, c'est les auto tamponneuses et les cris qui vont avec. Personnellement, je ne vois pas d'un très bon oeil ces bousculades plus ou moins souhaitées vus que les sacs à dos sont toujours sur les dos, transformant leur perte d'équilibre en danger pour ceux qui sont à proximité directe.


La situation s'amplifie, d'arrêts en arrêts jusqu'à ce que leurs cris couvrent la voix du conducteur qui échoue à faire passer une consigne, je suppose de calme (d'autant qu'on est au 3ème arrêt et que suffisamment de collégiens sont déjà sortis pour que tous puissent être assis).

Il finit par arrêter le bus au 3ème arrêt, à se lever et à crier "terminus" afin de vider son bus des plus prompts à obéïr sans réfléchir tout en nous faisant un signe, à moi qui lui montre ma cane, à une maman qui l'interroge du regard avec sa poussette à la main, que non, il va bien repartir.

Quand il repart, après avoir pris les passagers qui l'attendaient à cet arrêt, c'est une petite douzaine de collégiens, surtout des petits, qui finissent à pied leur trajet collège-bus.

Je discute avec deux trois "grands" qui ont été dans la classe de ma fille au cours de leur scolarité et donc me "reconnaissent" (sans doute sans me situer précisément) sur le fait que le conducteur, responsable de la sécurité du bus, a eu raison d'intervenir même si on peut discuter de la méthode employée.


En finissant mon trajet à pied, après être descendu à ma station, je me demande. Ces jeunes sont plutôt bien éduqués. Individuellement, ils sont polis, respectueux. Je sais qu'ils ont des sessions de sensibilisation à la sécurité routière faites par leur proviseur, très sensible à ces questions, et des formateurs de la RATP.



Quand la force du groupe, ce monstre multiple qui n'a pas besoin de leader pour induire des comportements stupides et potentiellement dangereux commencera-t-elle à diminuer son emprise sur eux ?


Mes étudiants peuvent être vivants, jamais je n'observe de tels comportements collectifs dans le bus qui les conduit à la gare (et que j'emprunte aussi, pour rejoindre cette ligne décrite). A quel moment se produit cette prise de conscience ?


Je ne sais pas si des sociologues ont étudié les phénomènes de groupes faibles. Je ne peux pas m'empêcher de penser, ce soir, que les bus / cars scolaires sont d'extraordinaires théâtres de ces phénomènes collectifs.


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