• Marianne Abramovici

Avant la tempête, l'échauffement

Quelques techniques de "warm up" avant le début d'un atelier créatif

Si vous avez déjà assisté à un atelier de design ou d’intelligence collective, vous avez probablement commencé l’atelier par une petite séquence ludique, s’appuyant sur un exercice physique ou intellectuel. Ces exercices d’échauffement (warm up) peuvent paraître un élément sympathique mais dispensable, « un truc de designer ».


Il n’en est rien.


Comme l’échauffement est indispensable pour se dépasser dans une pratique sportive, le warm up est indispensable pour participer pleinement à une séance de créativité.


Des exemples, des exemples !


Promis, je vous dévoilerai mes exercices préférés (mais à charge de revanche, je compte sur vos commentaires) mais je veux le faire en commentant leurs multiples vertus.


Une première vertu, non des moindres, est « organisationnelle ». Oui, même si l’atelier est prévu à 8H30, vous aurez bien de la chance si tous les participants sont présents à 8H50. Et puis, il faut prendre le café, des nouvelles de personnes qu’on n’a pas vu depuis longtemps…. Bref, il y a un temps incompressible qui est « perdu » et qui peut refroidir ceux qui, ayant fait l’effort de se lever tôt, n’apprécient pas d’attendre.


Un petit échauffement permet d’attendre que tout le monde arrive sans pour autant commencer l’atelier. Tout le monde s’y retrouve. A cette fin, je vous propose le «


Comment ça va ? »


Je vous explique. Vous avez besoin d’un objet à lancer (balle en mousse) ou à passer (bâton de pluie). C’est tout. Difficile de faire plus léger. Et vous commencez (si vous êtes deux, vous commencez à deux).

« Comment ça va, Socrate ? Je ne sais pas »

« Comment ça va, Descartes ? Ca va, je pense »

« Comment ça va, Amstrong ? Ca gazze » ou « Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’Humanité »


Vous avez saisi le principe ? Comme vos participants, au bout de deux ou trois exemples, ils vont pouvoir se lancer. Vous lancez la balle (donnez le bâton) à ceux que vous voyez sourire. Une fois qu’un de vos participants s’est lancé, c’est lui qui va distribuer la parole.


Cet exercice a plein de qualités. Détaillons les. Il permet d’occuper un temps entre sept et quinze minutes, ce qui vous permet de ne commencer que lorsque la majorité de vos participants sont présents. Il permet d’intégrer les retardataires au fur et à mesure de leurs arrivées car, une fois que le jeu est lancé, pas besoin de répéter la consigne. Il créé un premier lien par le passage du témoin. Il combine échauffement physique (le lancer) et échauffement intellectuel. Il peut produire des émotions : rire, admiration, étonnement. Il détend l’atmosphère.


Beaucoup d’exercices d’échauffement ont des qualités similaires mais certains sont pratiqués avec d’autres objectifs.


Second exemple : le jeu de la rivière. Là encore, très peu de préparation. Il s’agit de libérer et, idéalement de matérialiser une zone sur le sol (une rivière) juste un peu trop large pour être traversée en sautant (ou alors en prenant son élan). Mais il est possible par exemple de la traverser en faisant une roue. La consigne. Il faut que tous les participants arrivent à traverser la rivière, en « trouvant » une solution. Mais une solution ne peut être utilisé qu’une fois.

Cet échauffement, un peu plus physique, permet de voir en action les ressources de conception. On découvre chaque fois de nouvelles inventions et c’est très satisfaisant pour démontrer à tous que la créativité n’est pas réservée à quelques uns. Mais, les consignes ne disent pas qu’il faut résoudre le problème seul. Il permet donc aussi de mesurer quel est l’esprit collectif du groupe (vont-ils d’emblée résoudre le problème en groupe, qui va s’entraider) et bien entendu commenter ce point. Là encore, en plus des qualités de « en attendant l’arrivée de tous », « ludique », « permet de dédramatiser la créativité », on introduit une prise de conscience de l’importance du collectif.


Troisième exemple, la marche consciente. Là encore, on est sur un échauffement combinant exercice physique et découverte des principes d’un atelier de design thinking. On a besoin d’un espace assez grand afin de permettre de marcher à plusieurs et de faire des demi tours. On demande au départ simplement à l’ensemble des participants de marcher, puis progressivement, on propose des consignes plus précises : `- ceux qui portent un pull noir marchent à reculons

- Les filles aux cheveux longs accélèrent

- Les personnes en basket font un demi-tour…

Le principe, qu’il y ait trop de contraintes pour que chacun puisse anticiper le trajet de l’autre. Marcher devient une activité qui requière de s’intéresser aux autres sans pour autant s’arrêter, de développer une conscience spatiale du groupe. Intéressant pour introduire l’observation et la posture empathique.


Quatrième exemple. Il s’agit d’un échauffement d’un atelier visual thinking mais il peut être utilisé pour tout atelier de créativité. Dans cet exercice, les participants sont assis, idéalement en rond ou en U. Ils ont à leur disposition des feuilles blanches et un marqueur. On leur demande de dessiner très vite le plus d’objets possible à base d’un rond, d’un carré, d’un triangle….. Une fois le temps terminé, chacun montre sa feuille et regarde celles des autres. Là encore, on se rend compte que l’on peut tous se comprendre à l’aide de dessin, même si « on ne sait pas dessiner ».


Une variante que j’ai improvisée un matin où mes étudiants étaient fatigués. J’ai distribué un post it et je leur ai demandé de me dessiner leur nuit. Il s’agissait pour moi d’introduire la notion de courbe d’expérience mais j’ai vraiment été surprise par leur inventivité (mention spéciale à mon étudiant qui n’a rien écrit sur son post it puis a commenté : nuit blanche !). Cette variante peut être intéressante pour le second jour d’un atelier de deux jours.

Vous trouverez quantité d’autres variantes pour ouvrir un atelier de créativité, à commencer par le lien suivant : https://www.portent.com/blog/great-marketing-brainstorm-warm-up.htm

I

l ne s’agit donc pas pour moi d’en faire une liste définitive, d’autant que la créativité des animateurs est infinie mais d’essayer de vous convaincre que, loin d’être un gadget, il s’agit d’une phase essentielle.

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